Montmartre au printemps : monter la Butte autrement qu'en touriste

Pour voir Montmartre au printemps sans subir la foule, montez par la station Abbesses plutôt que par Anvers, en semaine et tôt le matin. Le versant ouest, ses rues en pente et ses escaliers mènent à la vigne du Clos-Montmartre et aux jardins de la Butte, puis une redescente par le nord évite le flux du parvis.
Partir des Abbesses plutôt que d’Anvers
La plupart des visiteurs sortent du métro à Anvers, sur la ligne 2, puis remontent la rue de Steinkerque, qui relie le boulevard de Rochechouart à la place Saint-Pierre, au pied du square Louise-Michel, d’après la nomenclature des voies de la Ville de Paris. Boutiques de souvenirs, groupes guidés, file d’attente au funiculaire : c’est l’entrée la plus chargée de la Butte.
La ligne 12 ouvre une autre porte. À la station Abbesses, la sortie passe sous un entourage couvert Art nouveau, conçu en 1900 par Hector Guimard pour la Compagnie générale du Métropolitain. Selon la notice des Monuments historiques, il couvrait d’abord un accès de la station Hôtel de Ville, avant d’être démonté en 1972 puis remonté ici. Il est inscrit depuis le 12 février 2016.
La rue des Abbesses, qui file de la rue des Martyrs à la rue Lepic, doit son nom aux abbesses de l’ancienne abbaye de Montmartre. Pour une halte avant de grimper, Marlette Montmartre, au 45 de la rue, sert un brunch toute la journée, des pâtisseries maison et un café de spécialité, avec une terrasse et sans réservation, ce qui convient à une balade décidée le matin même.
Le versant ouest, rue après rue
Depuis la place des Abbesses, le versant ouest offre la montée la plus lente et la plus variée, par des rues que la Ville de Paris range en partie dans le site du Vieux Montmartre :
- la rue Ravignan et la place Émile-Goudeau, où les ateliers du Bateau-Lavoir, détruits par un incendie en 1970, ont été reconstruits en 1978, selon la base Mérimée ;
- la rue Lepic, déjà tracée sur les plans de 1775, qui passe devant le Moulin de la Galette, inscrit aux Monuments historiques en 1958 et resté propriété privée ;
- la rue Girardon, simple sentier sur le plan de 1672, qui mène à l’allée des Brouillards, ouverte par la Ville en 1929 ;
- la rue de l’Abreuvoir, nommée d’après l’ancien abreuvoir du village vers lequel elle conduisait.
Malgré ses marches et ses pentes franches, ce flanc de la Butte garde des airs de bourg, avec ses façades crème, ses volets et ses jardinets, comme ces villages à parcourir à pied que recherchent les voyageurs lents.

Montmartre au printemps : vigne, jardins et squares
Le printemps se lit d’abord dans les jardins, pas sur le parvis.
La vigne du Clos-Montmartre
À l’angle de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent, la vigne du Clos-Montmartre rappelle le passé viticole de la Butte. D’après le site officiel de la Fête des vendanges de Montmartre, les dames de l’abbaye plantaient déjà des vignes sur la colline au XIIe siècle. Disparues en 1928, elles ont été replantées en 1933 pour soustraire le terrain à un projet immobilier, et les jardiniers de la Ville de Paris entretiennent les rangs.
Au printemps, la vigne débourre : les bourgeons s’ouvrent et les premières feuilles, vert tendre, garnissent les rangs. Le clos est clôturé : regardez-le depuis la rue ou depuis les jardins du musée, et guettez les éventuelles ouvertures annoncées par la mairie du 18e. La fête des vendanges, lancée en 1934, revient chaque deuxième week-end d’octobre. Pour vivre une récolte de l’intérieur, les vendanges participatives prolongent ailleurs cette curiosité.
Les jardins du musée et les squares voisins
Au 12 rue Cortot, le musée de Montmartre occupe l’une des plus anciennes maisons de la Butte. Ses jardins Renoir rappellent que le peintre y vécut en 1875 et 1876 et y peignit le Bal du moulin de la Galette, selon le musée. Les jardins inférieurs bordent la vigne, et un billet dédié ouvre les seuls jardins.
Trois espaces verts complètent la promenade :
- le square Suzanne-Buisson, rue Girardon, ouvert en 1951 selon le recensement des espaces verts de la Ville de Paris ;
- le jardin sauvage Saint-Vincent, que le musée décrit comme un refuge pour la flore et la faune ;
- le parc Marcel-Bleustein-Blanchet, dit parc de la Turlure, rue de la Bonne, à l’arrière de la basilique.

Choisir l’heure, le jour et la lumière
Le flux grossit en fin de matinée, culmine l’après-midi du week-end et se concentre entre Anvers, la rue de Steinkerque, les escaliers de la rue Foyatier et le square Louise-Michel. Venez en semaine, tôt le matin, quand les rues du versant ouest appartiennent encore aux habitants et aux livreurs.
Le parvis du Sacré-Cœur et la place du Tertre se visitent mieux le matin. Le square Louise-Michel, ancien square Willette rebaptisé en 2004, appartient depuis le 13 décembre 2022 à l’ensemble classé Monument historique avec la basilique, d’après la base Mérimée. À la première heure, ses allées offrent la vue sur Paris sans bousculade.
En avril et en mai, les arbres des squares ne portent pas encore tout leur feuillage : les perspectives sur les toits restent dégagées, et la lumière basse du matin souligne le relief des pavés.
Une boucle à pied, de la ligne 12 à la ligne 12
Cette boucle monte par l’ouest et redescend par le nord, sans repasser au même endroit. Comptez une matinée tranquille, pauses comprises :
- sortie sous l’entourage Guimard, halte rue des Abbesses ;
- rue Ravignan, place Émile-Goudeau, puis rue Lepic jusqu’au Moulin de la Galette ;
- rue Girardon, square Suzanne-Buisson et allée des Brouillards ;
- rue de l’Abreuvoir, puis rue des Saules, autrefois bordée des arbres qui lui ont donné son nom ;
- rue Saint-Vincent le long du clos, puis rue Cortot et jardins Renoir ;
- descente par le versant nord jusqu’à la station Lamarck-Caulaincourt, encore sur la ligne 12.
Le parvis et la place du Tertre, à quelques rues, se gardent pour une autre matinée.
Prochaine étape : fixer votre matinée sur la Butte
Choisissez un matin de semaine entre la mi-avril et la fin mai, et enregistrez la boucle sur une carte hors connexion. Depuis la province, voyager en train jusqu’à Paris puis prendre la ligne 12 vous dépose sous l’entourage Guimard. Cette façon de visiter, à pied et sans chercher à tout voir, rejoint les principes du slow tourisme : moins d’étapes, plus de temps dans chacune.